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Hommage à Jacques Fournier

En tant que maire de Saint-Eloi-de-Fourques et de ses habitants, je voulais rendre un hommage, au nom de toutes ces personnes, qui, comme moi, ne seront pas présentes à l’inhumation de Jacques Fournier, décédé mercredi 1er juillet à l’âge de 82 ans.


Hommage à Jacques Fournier

Jacques était né à Saint-Eloi le 15 mars 1938. Il était un emblème de notre village. Il en était un morceau, un repère.

Jacques a travaillé dur toute sa vie. C’était notre dernier ancien combattant, lui qui avait fait la guerre d’Algérie, avant d’être démobilisé au bout d’un an. Malgré une santé robuste et ses kilomètres de marche quotidienne, son état de santé s’était dégradé au cours de ces derniers mois, jusqu’à ce 19 décembre où, après nous être inquiétés de ne pas l’avoir vu Claude, Djamel et moi, je l’ai retrouvé ensanglanté dans son mobil-home, suite à un malaise. Nous ne l’avons pas vu vieillir et se fatiguer, alors qu’il était âgé de 82 ans.

Transféré à Elbeuf, puis au Neubourg, puis à Louviers, et de retour au Neubourg, la tutrice qui en avait la charge avait enfin trouvé une solution pour qu’il dispose d’un pied à terre pour vivre dans la dignité. Il n’aura hélas pas pu en profiter. Mercredi dernier, il s’est effondré dans les bras de Patrick, alors qu’il faisait un petit tour sur le marché du Neubourg. L’après-midi, il avait prévu de passer voir Claude, son compère de toujours, pour qu’il lui coupe les cheveux. Il voulait aussi, très vite, revoir la famille Jouen, chez qui il passait des journées entières. Comme Djamel, il les appelait tous les jours ou presque.

Jacques était un homme de la terre, à l’ouïe fine et à l’œil acéré. C’était un habile tireur. Il savait reconnaître où se trouvait Didier, l’employé communal, dès qu’il se mettait en mouvement. Au moindre bruit, il savait qui tondait, qui tronçonnait dans le village. Et très vite, il était là, à nos côtés, sans que nous l’entendions arriver, nous proposant de nous donner un coup de main. Il savait reconnaître tous les tracteurs en circulation, ceux d’Alain notamment, lui l’ouvrier agricole sûr et fiable qu’il avait été durant de si nombreuses années.

Je voudrais vous raconter l’une de mes toutes premières rencontres avec Jacques. J’avais des billes d’orme à fendre et je m’y prenais comme un manche. Malicieusement, Jacques me regardait m’épuiser sur l’une d’entre elles, jusqu’au moment où il se décida à me montrer comment il fallait faire. Là où j’avais dû y passer une demi-heure au moins, il a alors descendu une de ces billes, en quelques minutes à peine. Jacques avait beaucoup de force. Il tapait dur, d’un coup sec. Il avait cette intelligence des gens de la terre. Jacques était loin d’être un sot.

Nous estimions Jacques. Il avait son laisser-passer dans à peu près toutes les maisons de Saint-Eloi, chez les Parisiens comme il les appelait, Patrick, Alain et Sylvie, chez Yannick le Breton. Les gens à son endroit étaient d’une grande bienveillance. Je pense à Monique et Maryline, qui, chaque année, lui déposaient un gâteau lors de la Noël. Comment ne pas parler d’Alain et Evelyne qui s’occupaient de lui délivrer ses médicaments, entre autres, et à qui Jacques devait d’être resté vivre à Saint-Eloi ? Comment oublier les récits mémorables de ces douches chez Claude ou chez François ? Jacques venait chez nous pour nous avertir dès qu’il voyait du passage inhabituel dans la commune. Il aimait nous chambrer, nous provoquer parfois. Il fallait y voir davantage de malice et d’espièglerie que de mensonge. Au-delà des apparences, les mots de Jacques étaient toujours chargés d’une grande part de vérité.

Jacques avait aussi cette passion pour les chats qui lui tenaient compagnie dans son quotidien. Et lorsque nous lui donnions à manger ou bien que nous allions faire les courses avec lui, nous n’étions dupes de rien. Il troquait les légumes d’Agnès. Jamais le pain que lui ramenait Jeannot. Nous comprenions assez vite qu’une partie significative de ce dont il disposait allait directement aux chats. C’était sa vie.

De Jacques, nous garderons le meilleur. Il nous manquera. Il manquera à Saint-Eloi-de-Fourques, à ma fille qui était impatiente de le revoir. Jacques était heureux en compagnie des enfants. Il me manquera aussi, lorsqu’assis à la table de la cuisine, je le reverrais là, dans un de ces reflets du passé, assis en face de moi, boire ensemble une dernière bière. Adieu Jacquot.

Denis Szalkowski, Maire de Saint-Eloi-de-Fourques

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