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Discours du 8 mai : Aktion T4

Discours du 8 mai : Aktion T4La guerre de 1939-45 n’a pas été pas le fait de la faiblesse des démocraties, celle du Front populaire ou de l’Angleterre de Chamberlain. Elle est en grande partie le fait de la force de l’imprévisible, comme le soulignait Nassim Nicholas Taleb. Comment, en effet, un pays aussi développé, qu’était à l’époque l’Allemagne, a pu à ce point faire fausse route en choisissant de porter au Reichstag le Parti National Socialiste en 1933 ? Ce sont au total 38 millions de civils qui furent tués par les nazis et leurs alliés jusqu’à l’armistice du 8 mai 1945.

Parmi ces victimes, il y eut plus de 5 millions de juifs dont 3 millions de juifs polonais, 220000 tsiganes, des homosexuels qui subirent la castration forcée, des communistes, des socialistes, des catholiques, des protestants. Je voudrais également évoquer l’extermination des Untermensch – des sous-hommes – selon la rhétorique nazie, des malades mentaux et des handicapés. Sous le terme d’Aktion T4, de 1939 à 1941, avant la mise en place de la solution finale, les nazis procèdent à l’euthanasie de près de 80000 allemands par gazage. Il fallait, selon la prose du régime allemand, atteindre la perfection de la race nordique. Mais, de quelle perfection parlaient ces barbares ? De celle de Goebbels avec son pied bot ?

Les nazis commencèrent à stériliser les êtres dits inférieurs dès 1934. Et, malgré les protestations de la société civile allemande, l’extermination des handicapés continua sans relâche jusqu’en 1945. Au total, ce sont 200000 à 250000 personnes, qui, sous couvert d’eugénisme, ont été assassinées par les nazis et leurs affidés. De nombreux dignitaires du régime responsables de l’Aktion T4 furent condamnés à la peine de mort lors des procès de Nuremberg.

En 1989, Francis Fukuyma nous expliquait que nous étions à la fin de l’histoire, que l’humanité avait atteint son degré de civilisation ultime. Et patatras. En 1994, ce sont 900000 Tutsis qui furent massacrés au Rwanda par les Hutus. N’oublions pas en Europe le massacre de Srebrenica en juillet 1995, où périrent 8000 hommes, parce qu’ils étaient bosniaques. N’oublions pas, non plus, les massacres au Soudan, le génocide des chrétiens Yézidis en Irak ou des Rohingya en Birmanie, des Ouïghours en Chine.

L’engagement des forces russes, américaines, anglaises, canadiennes, australiennes, des résistants français et des autres pays européens, des coloniaux à combattre l’Allemagne nazie est bien loin aujourd’hui de nos vies paisibles, où nous geignons de nos petits tracas insignifiants. Comment remercier ces hommes et ces femmes qui, au sacrifice de leur propre vie, ont voulu préserver notre civilisation, notre humanité face à la barbarie ? Oui, cette humanité passe d’abord par l’acceptation de nos différences, de nos origines, de nos handicaps. Aujourd’hui, face à ces noms inscrits sur le monument de notre commune, morts au front ou dans les camps, nous pensons à leur sacrifice pour notre liberté. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais aucune banalité, à l’expression de ce mal absolu qui fut à l’œuvre en Allemagne entre 1933 et 1945.

Denis Szalkowski, Maire de Saint-Eloi-de-Fourques