Archives mensuelles : juillet 2020

Commémoration du 14 juillet : un sens à notre République !

République française

Le 14 juillet 1789 est la date qui a été choisie comme marqueur de l’avènement de notre République, de ses valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité. Liberté d’entreprendre, liberté de penser, de se déplacer et de s’exprimer. Egalité des chances et des droits, égalité des femmes. Nos valeurs sont aujourd’hui mises à mal par les communautarismes de tous ordres, mais aussi par la perte de sens d’une société dont le seul moteur, face aux crises, est la consommation.

Il ne peut y avoir de sens sans fraternité, sans empathie, sans le souci de prendre soin de l’autre, sans s’intéresser au commun, à la chose publique, à la Res Publica. Au cours de la crise sanitaire, les Français ont applaudi les soignants. Pour les remercier, l’Etat s’apprête à les augmenter de 180 euros. La reconnaissance d’une profession, d’une personne passe-t-elle aujourd’hui nécessairement par l’argent ? Lors de la crise sanitaire, dont nous ne sommes pas encore complètement sortis, Patrice et Danièle ont été les moteurs d’une aventure collective extraordinaire. En fabriquant 547 masques en 3 jours, avec l’aide de nombreux habitants et de conseillers municipaux, ils nous ont montré que la fraternité, le soin de l’autre avaient un sens. En coordination avec les institutrices, nous avons permis aux enfants des familles en manque d’équipements numériques de continuer à suivre leur scolarité.

La crise sanitaire a secoué durement le tissu associatif. Nous avons besoin plus que jamais de ces associations qui contribuent au « vivre ensemble », comme le club des sans souci, qui nous évitent cette rétractation mortifère de la société. Au cours des années qui viennent, il nous faudra nous réinventer, imaginer, créer des lieux, des structures et des actions pour permettre l’expression de cette fraternité. A la rentrée, nous allons, avec Justine et Aurélie, les directrices de Saint-Eloi et de Saint-Paul mettre en place un conseil municipal des enfants. J’ose croire, face à l’égoïsme effréné, que ce soit là l’occasion d’éduquer toute une génération aux valeurs de notre République.

J’ai été très surpris d’entendre des personnes se moquer de cette armoire à livres mise en place par Sébastien, de cette séance de désherbage de notre cimetière, avec Jeannot et Marie-Christine. Ne nous trompons pas. Il y a dans ces initiatives une réponse à cette absence de sens qui gangrène profondément notre société. Et de la part de gens qui n’ont plus le goût des autres, nous n’avons pas de leçons à recevoir. Nous devons continuer notre voie, sans nous retourner, en faisant les pas de côté nécessaires. Sachez que je suis particulièrement fier d’être le Maire d’une commune et d’un conseil qui continue de porter l’exigence de fraternité au cœur de notre République.

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Candidature au poste de vice-Président à la ruralité et à l’agriculture

Glyphosate

Hier, de 14 h 00 à 21 h 30, nous avons élu le Président et les vice-Présidents de l’Intercom Bernay Terres de Normandie. Au total, 5 personnes liées directement au monde de l’agriculture sur-représenté, parmi les 13 membres du bureau ! Y-a-t-il 38% d’agriculteurs qui vivent dans nos territoires ? Magnanime, le tandem Gravelle-Wagner a laissé deux places à Valéry Beuriot et Frédéric Delamare. Il valait mieux les avoir avec soi que contre soi. Belle victoire de Pascal Didtsch, à la culture, aux sports et aux associations. C’est un beau signal pour nos territoires !

Face à Jean-Jacques Prévost, au poste de vice-Président à la ruralité et à l’agriculture, j’ai recueilli 36 voix, contre 64 à mon concurrent. Je remercie très sincèrement tous les délégués dont les voix se sont portées su mon nom. Ce fut pour moi l’occasion de faire entendre une autre voie, celle d’un point de vue largement partagé par nos populations. Quand est-ce que nous allons enfin avoir une représentation politique en phase avec les aspirations profondes de nos territoires ?

Denis Szalkowski
Maire de Saint-Eloi-de-Fourques


Faire taire nos printemps silencieux

J’aurais aimé que nous vous proposions une grande vice-présidence des milieux aquatiques et de l’eau, de l’environnement et du développement durable, de la transition énergétique et du logement, des transports et de la mobilité, de la collecte et du recyclage des déchets ménagers, de la ruralité et de l’agriculture. Nous peinons à imaginer notre futur. Et, nous nous contentons, hélas, de reproduire les schémas du passé. Figurez-vous que Le mot de ruralité n’apparaît même pas dans nos statuts. Il est vrai qu’il est bien difficile de définir ce qu’est la ruralité.

Avec le confinement, bientôt la fibre, nos territoires vont reprendre en attractivité. La grande transhumance a déjà commencé et, avec les nouveaux habitants, arrivent de nouvelles exigences. Le dynamisme de notre territoire voudrait que nous soyons ouverts aux demandes de ces populations en passe de devenir très largement majoritaire sur notre territoire. Depuis 2008, nos plaines se sont vidées de leurs haies, bientôt de leurs pâtures pour laisser la place à une agro-industrie, dont les rendements plafonnent. Il nous faut travailler avec les agriculteurs, avec les sociétés de chasse et les communes pour replanter. Nous avons envie de réentendre les oiseaux, voir voler des insectes et des papillons. Nous n’en pouvons plus de ces printemps silencieux, mis en lumière dès 1962 par Rachel Carson. Notre ruralité – pouvons-nous encore parler de ruralité – sur nos plateaux est devenue laide, peu accueillante pour nos nouveaux habitants, nos enfants, pour les touristes ! Alors, c’est quoi la ruralité ? En regardant nos plaines et nos plateaux exsangues de fossés, de prés et de haies, vous comprendrez assez facilement ce qu’elle n’est plus.

La mise en place des ZNT, la sortie des pesticides et du glyphosate exigent d’accompagner les agriculteurs. Il nous faut envoyer un signal fort pour changer le cours des choses, pour sortir les agriculteurs d’un modèle économique construit sur la dette et une productivité favorisant une agriculture à faible valeur ajoutée, de plus en plus exposée à une concurrence mondiale déloyale. Les solutions existent, y compris pour les champs de grande culture. Je pense notamment au concept d’agriculture intégrée. Aujourd’hui, notre balance commerciale est déficitaire sur les fruits et légumes. Nos habitants recherchent des maraîchers bio partout sur notre territoire. Nous en manquons. Il faut que l’Intercom puisse préempter pour faciliter l’installation de ces agriculteurs de proximité dont nous avons besoin pour nous nourrir proprement. Notre agriculture, ce n’est pas de voir un agriculteur belge créer une ferme de 1000 vaches, à Houlbec-Cocherel, près de Chambray. Ce n’est pas de voir un modèle qui pousse à des exploitations agricoles de plus de 1000 hectares. Ce serait une catastrophe pour nos habitants, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons. Les communes et l’Interco peuvent accompagner, comme nous l’avons fait à Saint-Eloi-de-Fourques, en exonérant de TFNB pendant 5 ans la conversion des parcelles en bio.

Ce modèle agricole risque aujourd’hui d’engloutir financièrement nos collectivités en nous obligeant à dépolluer notre eau, comme à Sylvain les Moulins, avec l’usine de dénitrification. Partout, les taux de nitrates augmentent. Partout ou presque, nous observons des dépassements de seuil en pesticides. La folie serait de croire que la solution serait dans la répétition d’un modèle qui, par ses externalités négatives, nous coûte cher, très cher à nos finances locales, à la biodiversité et à notre santé.

Ce que je vous propose, c’est donc :

  1. de flécher les fonds de concours, en mettant en avant l’aménagement paysager, l’éco-tourisme et les projets de conversion en bio ;
  2. de rendre nos territoires plus accueillants en montrant aux nouveaux habitants des villes et de nos campagnes que nous les avons entendus et que nous nous soucions réellement de la mise en œuvre de pratiques soucieuses de la biodiversité, de la flore et de la faune ;
  3. d’accompagner les agriculteurs, afin notamment de les sortir d’un modèle, qui par le coût des intrants et la chute des prix, est en train de les faire sombrer économiquement.

La solution n’est pas de produire plus, mais bien de produire mieux dans le cadre d’une agriculture moins gourmande en pesticides de synthèse issus de l’agrochimie. Croyez-vous, un seul instant, que nous allons pouvoir faire autrement ? Je voudrais terminer par cette phrase qu’on attribue à Albert Einstein et qui dit ceci : « La folie c’est de faire la même chose encore et encore, et d’attendre des résultats différents. » Je vous remercie.

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Hommage à Jacques Fournier

En tant que maire de Saint-Eloi-de-Fourques et de ses habitants, je voulais rendre un hommage, au nom de toutes ces personnes, qui, comme moi, ne seront pas présentes à l’inhumation de Jacques Fournier, décédé mercredi 1er juillet à l’âge de 82 ans.


Hommage à Jacques Fournier

Jacques était né à Saint-Eloi le 15 mars 1938. Il était un emblème de notre village. Il en était un morceau, un repère.

Jacques a travaillé dur toute sa vie. C’était notre dernier ancien combattant, lui qui avait fait la guerre d’Algérie, avant d’être démobilisé au bout d’un an. Malgré une santé robuste et ses kilomètres de marche quotidienne, son état de santé s’était dégradé au cours de ces derniers mois, jusqu’à ce 19 décembre où, après nous être inquiétés de ne pas l’avoir vu Claude, Djamel et moi, je l’ai retrouvé ensanglanté dans son mobil-home, suite à un malaise. Nous ne l’avons pas vu vieillir et se fatiguer, alors qu’il était âgé de 82 ans.

Transféré à Elbeuf, puis au Neubourg, puis à Louviers, et de retour au Neubourg, la tutrice qui en avait la charge avait enfin trouvé une solution pour qu’il dispose d’un pied à terre pour vivre dans la dignité. Il n’aura hélas pas pu en profiter. Mercredi dernier, il s’est effondré dans les bras de Patrick, alors qu’il faisait un petit tour sur le marché du Neubourg. L’après-midi, il avait prévu de passer voir Claude, son compère de toujours, pour qu’il lui coupe les cheveux. Il voulait aussi, très vite, revoir la famille Jouen, chez qui il passait des journées entières. Comme Djamel, il les appelait tous les jours ou presque.

Jacques était un homme de la terre, à l’ouïe fine et à l’œil acéré. C’était un habile tireur. Il savait reconnaître où se trouvait Didier, l’employé communal, dès qu’il se mettait en mouvement. Au moindre bruit, il savait qui tondait, qui tronçonnait dans le village. Et très vite, il était là, à nos côtés, sans que nous l’entendions arriver, nous proposant de nous donner un coup de main. Il savait reconnaître tous les tracteurs en circulation, ceux d’Alain notamment, lui l’ouvrier agricole sûr et fiable qu’il avait été durant de si nombreuses années.

Je voudrais vous raconter l’une de mes toutes premières rencontres avec Jacques. J’avais des billes d’orme à fendre et je m’y prenais comme un manche. Malicieusement, Jacques me regardait m’épuiser sur l’une d’entre elles, jusqu’au moment où il se décida à me montrer comment il fallait faire. Là où j’avais dû y passer une demi-heure au moins, il a alors descendu une de ces billes, en quelques minutes à peine. Jacques avait beaucoup de force. Il tapait dur, d’un coup sec. Il avait cette intelligence des gens de la terre. Jacques était loin d’être un sot.

Nous estimions Jacques. Il avait son laisser-passer dans à peu près toutes les maisons de Saint-Eloi, chez les Parisiens comme il les appelait, Patrick, Alain et Sylvie, chez Yannick le Breton. Les gens à son endroit étaient d’une grande bienveillance. Je pense à Monique et Maryline, qui, chaque année, lui déposaient un gâteau lors de la Noël. Comment ne pas parler d’Alain et Evelyne qui s’occupaient de lui délivrer ses médicaments, entre autres, et à qui Jacques devait d’être resté vivre à Saint-Eloi ? Comment oublier les récits mémorables de ces douches chez Claude ou chez François ? Jacques venait chez nous pour nous avertir dès qu’il voyait du passage inhabituel dans la commune. Il aimait nous chambrer, nous provoquer parfois. Il fallait y voir davantage de malice et d’espièglerie que de mensonge. Au-delà des apparences, les mots de Jacques étaient toujours chargés d’une grande part de vérité.

Jacques avait aussi cette passion pour les chats qui lui tenaient compagnie dans son quotidien. Et lorsque nous lui donnions à manger ou bien que nous allions faire les courses avec lui, nous n’étions dupes de rien. Il troquait les légumes d’Agnès. Jamais le pain que lui ramenait Jeannot. Nous comprenions assez vite qu’une partie significative de ce dont il disposait allait directement aux chats. C’était sa vie.

De Jacques, nous garderons le meilleur. Il nous manquera. Il manquera à Saint-Eloi-de-Fourques, à ma fille qui était impatiente de le revoir. Jacques était heureux en compagnie des enfants. Il me manquera aussi, lorsqu’assis à la table de la cuisine, je le reverrais là, dans un de ces reflets du passé, assis en face de moi, boire ensemble une dernière bière. Adieu Jacquot.

Denis Szalkowski, Maire de Saint-Eloi-de-Fourques

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